• Catherine Lenne

Chauds les marrons, chauds !

Les marrons chauds, ce mets de Noël dégusté du bout des doigts dans les rues refroidies par l'hiver... Délicieuses friandises brûlantes à la chair farineuse. C'est en octobre qu'il faut aller les ramasser, ces fameux marrons, en forêt, pour les faire griller dans la cheminée, en attendant l'arrivée des frimas !

Oui, mais attention, il y a marron et marron ! Le marron de nos cours d'école n'est pas le marron que l'on mange ! Le scolaire, le tout rond au fond des poches, c'est le marron d'Inde (photo de gauche, Aesculus hippocastanum, Sapindacées) et il est toxique ! Il ne faut pas le manger, tandis que l'autre, la châtaigne, est comestible et goûteuse (photo de droite, Castanea sativa, Fagacées). Alors, comment ne pas les confondre ?

Observons-les de près : ronds, lisses, marrons, avec une tache claire dans le dos ou à la base ... décidément, ils se ressemblent ! Mais la châtaigne nous donne un indice de taille pour la reconnaître à coup sûr : elle seule possède une houppette sur la tête, une houppette à 5 à 7 cheveux ! D'où lui vient cette coupe iroquoise ?

La châtaigne est le fruit du châtaignier et comme tout bon fruit qui se respecte, même les fruits secs qui ne s'ouvrent pas (les "akènes" en botanique), elle possède des restes de la fleur qui lui a donné naissance après sa fécondation : la "houppette" de la châtaigne est un reste des stigmates de la fleur d'origine, c'est-à-dire le sommet des pistils, organes femelles des fleurs (photo ci-contre). Les fleurs femelles de châtaignier au printemps sont regroupées par trois, dans une inflorescence en boule, dont la base est garnie de petites feuilles courtes, appelées bractées. On voit le pinceau de stigmates des 3 fleurs qui émergent de l'inflorescence (5 à 7 stigmates par fleur et donc 15 à 21 en tout).

A l'intérieur du "fruit châtaigne", si l'on déchire la paroi durcie, on trouve une graine remplie d'amidon sucré et farineux, et c'est cette graine ce que l'on mange rôtie et brûlante avec la dinde de Noël.



Mais alors, si la châtaigne est un fruit, qu'est-ce donc que la bogue, cette enveloppe épineuse qui protège trois châtaignes serrées les unes contre les autres et que l'observateur distrait prend pour le fruit ? La bogue est formée des bractées de l'inflorescence, les petites feuilles situées à la base des fleurs regroupées. Chaque fleur de l'inflorescence se transforme en une châtaigne après la fécondation tandis que les bractées inflorescentielles poursuivent leur croissance pour former la cupule (= la bogue), épineuse et bien fermée sur les vrais fruits en formation. La bogue ne s'ouvrira qu'à maturité, lorsque les châtaignes seront prêtes à être disséminées au sol.


Et le marron alors ? C'est la même histoire ? Justement non et heureusement pour notre santé ! On reconnait le marron d'Inde à l'absence de houppette ! En effet, le marron n'est pas un fruit comme la châtaigne, c'est une graine ! Cette graine est contenue dans une "bogue" épineuse et peu charnue mais qui correspond cette fois à la paroi du vrai fruit du marronnier, et non plus à des bractées. On cherchera donc toujours la houppette sur la châtaigne pour ne pas se tromper !


Et puis, dernier conseil, n'oublions pas de lever les yeux vers l'arbre au pied duquel on ramasse les marrons/châtaignes : impossible de confondre la feuille entière et dentée du châtaignier (photo ci-dessous, à gauche) avec celle découpée et composée de 5 à 7 folioles ovales du marronnier (à droite).


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